- 11 mai
CDI : LA STAGNATION PROGRAMMEE
- Mehdi Leformateur
Dans mon dernier email, je te racontais comment un salaire de 2 700 € en Arabie Saoudite m'avait permis d'épargner 50 000 € en trois ans.
Pour ceux qui veulent comprendre, c'est ici : https://www.mehdileformateur.fr/blog/80990f66-0898-4ed5-83ab-f687da428c5a
Aujourd'hui je vais te parler de la suite — ou plutôt de l'histoire de Céline.
TON CDI : UN CONTRAT POUR TA STAGNATION
Avoir un CDI en France, c'est un peu le Graal, n'est-ce pas ?
Dans le Golfe, il n'y a pas de CDI. Seulement des contrats de deux ou trois ans renouvelables.
J'ai expliqué hier que le plus avantageux dans une expatriation dans le Golfe, ce n'est pas le cadre de vie, la sécurité, la propreté — ni même les salaires.
Le mécanisme le plus puissant dans les pays du Golfe, c'est que la loi ou les normes contractuelles imposent aux entreprises de prendre en charge le transport et le logement de leurs salariés.
Les ouvriers sont logés dans des compounds collectifs. Les managers reçoivent une housing allowance — entre 25 et 40 % de leur salaire de base selon le pays. En France, les dépenses de logement absorbent en moyenne 35 à 40 % de notre salaire net.
De plus, l'assurance et la mutuelle sont à la charge de l'employeur.
Donc tu touches 6 000 € par mois — c'est le salaire moyen d'un cadre français ou belge dans le Golfe, que ce soit à Dubaï, à Doha ou à Riyad.
Combien te reste-t-il à la fin du mois ?
Courses et alimentation : 1 000 € (les prix dans le Golfe sont identiques à ceux de la France, voire inférieurs).
Carburant : 100 €.
Assurance voiture : 50 €.
Gaz et électricité : 100 €.
Abonnement téléphonique : 50 €.
Loisirs, sorties, restaurants : 600 €.
Dépenses diverses : 500 €.
6 000 - 1 000 - 100 - 50 - 100 - 50 - 600 - 500 = 3 600 € d'épargne mensuelle.
3 600 x 12 mois = 43 200 € d'épargne / an
Soit 216 000 € épargnés en cinq ans — sans se serrer la ceinture, mais avec un objectif d'épargne clair.
Certains expatriés perdent complètement les pédales et n'épargnent rien, malheureusement.
Sans compter la prime annuelle — entre un et deux salaires — que tu dépenseras probablement pour tes vacances.
Dans le Golfe, les billets d'avion aller-retour pour toi et ta famille, une fois par an, sont également pris en charge par l'entreprise.
Je te parle là d'un salaire standard. Tu peux gagner un peu moins, mais aussi beaucoup plus.
MAIS IL Y A ENCORE PLUS PUISSANT
L'autre avantage du Golfe, c'est que les carrières évoluent très vite quand tu as la bonne stratégie.
Reprenons mon exemple.
En 2013, je démarre comme simple responsable de formation. Salaire : 2 700 € hors allowances.
2015 : Directeur de la Relation Client.
2017 : Directeur des Opérations — salaire doublé.
2020 : Directeur Multi-site au Qatar.
2023 : Directeur Général d'un Sofitel.
Ce qui m'a permis de prendre ma retraite à 50 ans pour me lancer à mon compte.
Je préviens tout de suite. Je ne suis pas millionnaire.
Mon salaire n'avait rien d'exceptionnel.
Beaucoup d'expatriés dans le Golfe gagnaient bien plus que moi.
Je ne suis pas non plus un modèle de gestion de carrière — j'ai perdu deux ans entre 2018 et 2020 à tenter une aventure entrepreneuriale en France, ce qui a ralenti ma progression.
Depuis mon départ d'AXA en 2012, j'essaie d'être entrepreneur sans vraiment y arriver. Ce qui a rendu mon parcours un peu chaotique. 😉
Mais je te donne cet exemple pour montrer à quel point le marché du travail dans le Golfe est dynamique — même quand tu restes dans la même entreprise.
COMPARONS AVEC LA FRANCE
L'an dernier, après avoir quitté Accor pour me lancer dans la formation en ligne, j'ai voulu savoir où en était mon ancienne collègue restée en France.
Elle s'appelle Céline. En 2012, quand j'ai quitté la France pour Dubaï, elle était Responsable Marketing.
En 2026, devine quoi.
Elle est toujours Responsable Marketing dans une autre grande entreprise. Elle gagne probablement 4 500 €.
Et si elle a de la chance, elle a 60 000 € d'épargne — ce qui est déjà plus que 80 % des salariés français.
Très bien.
Mais où en serait-elle si elle était partie en 2016 dans le Golfe ?
UN AUTRE SCÉNARIO
Si j'avais eu Céline comme élève en 2016, voilà où elle en serait probablement aujourd'hui.
Dans une logique d'épargne, je lui aurais recommandé Doha. Pas Dubaï — à Dubaï, la tentation est grande de dépenser un max d'argent à tous les coins de rue.
Elle décroche un poste.
Salaire de départ : 18 000 QAR par mois, soit environ 4 200 €.
Loyer couvert.
Transport couvert.
Zéro impôt sur les revenus (j'ai déjà expliqué cela).
Avec une progression de carrière normale, son salaire passe à 30 000 QAR — soit 7 000 € — au bout de cinq ans.
Les cinq premières années, elle épargne en moyenne 9 000 QAR par mois, soit 2 000 €. Sans compter les primes. Total : 540 000 QAR, soit 125 000 €.
Les cinq années suivantes, son salaire ayant progressé, elle épargne 15 000 QAR par mois, soit environ 3 500 €. Total : 900 000 QAR, soit 210 000 €.
Épargne totale en dix ans avec de la discipline : 335 000 €.
Deux trajectoires. Des résultats radicalement différents.
TON CDI OU TON AVENIR ?
Est-ce que ton CDI en France est vraiment formidable ? Je n'en suis pas convaincu.
Nous entrons dans une période difficile. L'avenir est plus incertain que jamais — l'IA, le risque de guerre, une dette publique incontrôlable, le déclassement de la France, la stagflation (quand les prix montent et l'économie stagne en même temps), le chômage, la crise politique, les tensions intérieures.
Tu peux évidemment t'accrocher à ton CDI. Mais tu prends le risque d'être englouti d'ici dix ans sans rien pour te retourner.
Et entre nous, je ne suis même pas sûr que tu aies 60 000 € d'épargne alors que tu travailles probablement depuis plus de dix ans. C'est normal en France c'est extrêmement difficile d'épargner même quand on a un bon salaire.
Les décisions que tu prendras en 2026 auront un impact direct sur ta situation en 2036.
Avec 335 000 €, tu peux investir dans l'immobilier, lancer un business, placer en bourse, ou simplement décider de t'arrêter pour faire autre chose.
Avec une expérience internationale, tu pourras choisir de continuer à travailler dans le Golfe, de t'installer au Maghreb, de travailler en Asie, en Nouvelle Zélande ou bien de rentrer en France si tu le souhaites (surtout si tes enfants sont grands comme les miens).
Quoi qu'il en soit, tu maîtriseras l'anglais.
Tu auras une exposition internationale.
Tu auras de l'argent sur ton compte.
Tu auras le choix. Et même plusieurs choix.
Tu n'es pas obligé de faire les mêmes erreurs que moi en 2012.
Ne démissionne pas sur un coup de tête.
Prépare ton départ de manière stratégique, en prenant le minimum de risque.
Construis ton expatriation en te formant, en te préparant — sans quitter le poste qui te protège aujourd'hui.
Alors, tu es plutôt Team CDI et protection — ou Team Expatriation et capitalisation ?
Réponds-moi. Je lis chaque réponse.
Mehdi