- 5 juil. 2024
Qui sont les Qataris, les Emiratis et les Saoudiens ? Mon expérience entre 2012 et 2022.
- Mehdi BT
Dans cet article je vais te parler de mon expérience avec les Qataris, les Saoudiens et les Emiratis.
Comment sont-ils au quotidien ?
Quel est leur comportement ?
Est-il possible de se faire des amis avec eux ?
Quelle est leur mentalité ?
Sont-ils accessibles au quotidien ?
Comment vivent-ils ?
Où vivent-ils ?
Commençons par les Emiratis.
Les Émiratis sont les citoyens des Émirats arabes unis (EAU), avec une population d'environ 1,15 million de personnes dans le pays, sur un total de 11 millions d'habitants au total. Ils constituent donc grosso modo 10% de la population, principalement concentrés dans deux Émirats : Abu Dhabi avec 400 000 Émiratis et Dubaï avec 250 000 Émiratis. L'Émirat de Sharjah suit avec 150 000 Émiratis.
Les Qataris représentent moins de 400 000 habitants sur une population totale d'environ 3 millions, ce qui correspond à environ 15% de la population.
Aux Émirats comme au Qatar, la première communauté non-émiratie est composée d'Indiens, qui représentent près de 50% de tous les étrangers. Ils sont suivis par les Égyptiens, les Bangladais (environ 10%), les Philippins, les Pakistanais, et environ 10% d'autres nationalités.
A titre de comparaison, les Français qui vivent aux Emirats, représentent une toute petite minorité. Au Qatar, nous sommes probablement 5000 (0,1% de la population), et environ 30 000 aux Émirats Arabes Unis, soit 0,5% de la population.
La population saoudienne elle est très différente.
L'Arabie Saoudite compte environ 35 millions d'habitants, dont 18 millions de Saoudiens, soit 50% de la population. Ensuite, les nationalités les plus présentes sont les Bangladais, les Indiens, les Pakistanais, les Yéménites et les Égyptiens, chacune représentant entre 4 et 5% de la population totale. Les Soudanais et les Philippins suivent, représentant environ 2% de la population totale.
Comparé au Qatar où un habitant sur trois est indien ou bangladais, l'Arabie Saoudite a moins de 10% d'Indiens et de Bangladais dans sa population totale, montrant ainsi une différence significative.
Il y a trois groupes ethniques dans la péninsule arabique : les descendants des Bédouins représentent 90% de la population, et les Émiratis, Qataris, ou Saoudiens sont tous issus de la culture bédouine arabe. Historiquement nomades dans le désert, ils s'adaptent aux conditions difficiles en se déplaçant avec leurs familles et animaux à la recherche d'eau et de pâturages. Ce mode de vie a renforcé un fort sentiment de communauté et de parenté parmi les tribus bédouines, avec des structures sociales traditionnellement organisées autour des réseaux familiaux étendus et des affiliations tribales.
Ces tribus ont des racines dans différentes régions du Moyen-Orient comme le Yémen, le Najd, le Hedjaz et d'autres parties de la péninsule arabique. Malgré la modernisation et l'urbanisation, de nombreux Bédouins émiratis maintiennent des liens avec leur héritage nomade tout en adoptant des modes de vie plus sédentaires en zones urbaines.
La culture bédouine met l'accent sur la préservation des traditions à travers l'histoire orale, les récits, les rituels, ainsi que des vêtements et une musique distincts. Les traditions émiraties d'origine bédouine incluent la fauconnerie, la poésie, la culture du café et les vêtements nationaux.
En dehors des Arabes issus des tribus bédouines, il y a des Saoudiens, des Qataris et des Émiratis d'origine persane iranienne, dont certains sont chiites. On estime généralement que les chiites représentent en moyenne 10% de la population aux Émirats et en Arabie Saoudite.
Le Qatar, comme les Émirats, a été successivement occupé par les Perses, puis par les Arabes musulmans sous les Omeyyades et les Abbassides, et par les Portugais avant que les musulmans ne reprennent la région sous les Ottomans. L'occupation ottomane a duré du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle. Finalement, les Anglais ont profité de la dislocation du Califat Ottoman pour occuper le Qatar, les Émirats et l'Arabie Saoudite.
Enfin, il y a au Qatar, aux Emirats et en Arabie Saoudite, des citoyens d'origine africaine qui représentent environ 5% de la population dans ces trois pays. Ils sont citoyens et bénéficient évidemment des mêmes droits même s'ils ne sont pas d'origine bédouine. Certains sont des descendants d'esclaves affranchis, d'autres des descendants de commerçants ou de travailleurs manuels.
Les Qataris et les Émiratis sont peu visibles dans les rues, ne se mélangent pas et vivent souvent en famille dans de magnifiques villas de 500 à 1000m² sur deux ou trois étages. Ils résident dans des quartiers résidentiels et n'apprécient pas les grands immeubles.
Les Saoudiens aussi n'aiment pas vivre dans les grandes tours et vivent soit dans des immeubles qu'ils ont fait construire, chaque étage étant occupé par un membre de la famile.
Soit ils vivent dans de grandes villa entourées de mur pour préserver leur intimité comme les Emiratis et les Qataris.
Est il possible de les rencontrer ?
Il est tout à fait possible de rencontrer des Émiratis et des Qataris, mais en général, ils ne se mélangent pas. Ils sont soit entrepreneurs (10% d'entre eux), soit fonctionnaires (90% d'entre eux).
Vous entendrez souvent dire que les Émiratis et les Qataris sont orgueilleux car ils ne se mélangent pas.
Cependant, cela n'est pas tout à fait juste. Ils ne se mélangent pas parce qu'ils n'en ressentent pas le besoin.
Ils passent la plupart de leur temps libre en famille ou avec des amis d'enfance.
Cependant, lorsque vous les côtoyez pour le travail ou les affaires, vous découvrirez qu'ils sont très gentils et respectueux. Ils aiment apprendre et discuter avec des personnes qui peuvent leur apporter de nouvelles connaissances.
Les Qataris ou les Émiratis que vous rencontrerez dans les parcs en famille, chez le médecin, à l'hôpital, etc., seront pour 90% d'entre eux sympathiques, souriants et humbles.
Encore une fois, leur absence de mélange social découle de l'organisation sociale de ces pays : écoles publiques réservées aux citoyens, emploi prédominant des citoyens dans les administrations, et le fait qu'ils ne soient pas locataire mais propriétaire de leurs maisons individuelles alors que les étrangers sont la plupart du temps locataires.
Les Saoudiens représentent un cas à part en raison de leur nombre, représentant 50% de la population soit 18 millions sur 36 millions, ils sont présents dans toutes les entreprises et à tous les niveaux.
Seule exception, ils ne pratiquent pas de métiers manuels en général et sont davantage présent dans les métiers liés au service à la personne ou au commerce.
Le fait qu'ils soient très présent dans les entreprise où il représente plus de 60% des employés, les amène à interagir nécessairement avec les étrangers.
Les Saoudiens peuvent travailler comme serveurs, réceptionnistes, techniciens, vendeurs, directeurs, superviseurs, informaticiens, etc.
En ce sens, les citoyens saoudiens sont plus accessibles que leurs homologues Qataris ou Emiratis, car le salaire moyen en Arabie Saoudite est de 1500 euros, tandis qu'il est de 9000 euros pour un Qatari et de 7000 euros pour un Émirati en moyenne.
Vous comprendrez que quand un français ou un Belge vous dit ah oui les Saoudiens ils roulent sur l'or ! Il est complètement à côté de la plaque et confond les Emiratis et les Qataris avec les Saoudiens.
A savoir cependant qu'il y a peut être plus de millionnaires en Arabie Saoudite qu'aux Emirats ou au Qatar simplement ils sont davantage dilués dans la population et on les voit très peu alors que les millionnaires au Qatar et aux Emirats sont plus facilement visible du fait de la petitesse de leur population.
La plupart des commerces en Arabie Saoudite sont aussi tenus par des Saoudiens, et la politique de saoudisation a forcé les entreprises à recruter prioritairement des Saoudiens. En général, je le précise, en tant qu'expatrié vous serez amené à diriger des Saoudiens qui occupe des postes souvent subalternes par rapport aux expatriés européens.
En revanche, si vous travaillez aux Émirats ou au Qatar, aucun de vos employés ne sera Qatari ou Émirati, car ils travaillent principalement dans les administrations.
Est-il possible de se faire des amis Qatari, Émirati ou Saoudien ?
Il est assez facile de se lier d'amitié avec des Saoudiens, car ils représentent 50% de la population. Si vous travaillez dans une entreprise internationale, vous fréquenterez, déjeunerez et travaillerez forcément avec des Saoudiens.
En ce qui concerne les Qataris ou les Émiratis, la difficulté ne vient pas tant de leur nombre, ni du stéréotype selon lequel ils seraient tous millionnaires, mais plutôt de leur faible représentation dans les entreprises.
Si vous travaillez dans les secteurs des services, des hôtels ou des entreprises dont les clients sont principalement des administrations, vous aurez l'occasion d'échanger et de fréquenter des Qataris ou des Émiratis. Vous verrez par vous-même que ce sont des gens tout à fait normaux et sympathiques.
En général, les Qataris et les Émiratis sont des personnes très calmes. Leur culture n'est pas conflictuelle ni violente. Le taux de délinquance est proche de zéro, même chez les jeunes. Lorsqu'un conflit survient, les voix peuvent s'élever, mais de mon expérience en tant que directeur des relations clients au Qatar et en Arabie Saoudite de
2014 à 2022, je peux assurer que ce ne sont généralement pas des clients difficiles.
Les Saoudiens sont similaires, avec un détail néanmoins.
Le problème de l'Arabie Saoudite ce sont les Bédouins.
Ces habitants qui même en 2024, vivent encore dans le désert ou dans des quartiers populaires en périphérie des villes.
Ces Bédouins, souvent nés entre les années 40 et 70, c'est à dire avant l'indépendance du pays et avant la manne pétrolière. Du coup, ces citoyens sont souvent des citoyens pauvres, souvent ne parlant pas l'anglais et peu éduqués. Ils travaillent encore dans l'agriculture, l'élevage et le commerce.
Les Bédouins saoudiens sont réputés pour être parfois rudes, colériques voire agressifs. Ils sont d'ailleurs décris dans beaucoup de hadith datant de l'époque prophétique et semblent avoir peu changé.
Bien que tous ne soient pas ainsi, si vous avez des conflits dans les commerces ou sur la route avec un Saoudien, il y a 80% de chances que ce soit avec un Bédouin. Ces situations peuvent inclure des tentatives d'intimidation ou des cris.
Dans ces cas, il suffit d'appeler la police, qui agira la plupart du temps de manière impartiale, car la corruption au niveau des policiers est généralement absente en Arabie Saoudite donc pas d'inquiétude à avoir.
De toute façon si vous travaillez en Arabie Saoudite, vous aurez forcément des collègues saoudiens qu'ils vous suffira d'appeler à l'aide en cas de problème et la plupart du temps ces derniers viendront vous aider car pour un Saoudien l'hospitalité et la solidarité dans les difficultés est un devoir encore très présent.
Si vous avez de bonnes relations avec un Saoudiens ou avec un Emirati ou un Qatari, il n'hésitera pas si vous l'appelez à se déplacer même très tard dans la soirée pour vous venir en aide.
En cas de soucis, rien ne sert de vous énerver.
L'écoute et la politesse permettent de gérer 99% des conflits. Élever la voix sera totalement inefficace et ne fera comme souvent qu'aggraver les choses.
Ce qui fonctionne est de s'asseoir ensemble et de discuter calmement en rappelant à l'autre que nous sommes tous frères et encore une fois, si vous êtes en Arabie Saoudite vous ne serez jamais seul.
Quant au Qatar et aux Emirats, vous pourrez avoir recours à la police qui vous aidera.
Avant de conclure, je voudrais partager avec vous une anecdote.
Je me souviens de ma première rencontre avec un Émirati en 2012. J'étais à un feu rouge, dans une voiture de location, quand un 4x4 Toyota flambant neuf m'a heurté par l'arrière. L'Émirati est sorti, parlant couramment anglais. Nouveau aux Émirats, je ne savais même pas que dans le Golfe, il n'y a pas de constat amiable, tout se fait avec la police.
Le conducteur qui venait de me rentrer dedans, a appelé la police devant moi, car dans ces pays. La police dubaïote est arrivée au bout de quelques minutes. et bien que je ne parle pas arabe, l'Émirati a communiqué avec le policier en arabe.
J'avoue que j'avais assez peur de me faire avoir car je n'étais pas citoyens et je en parlais pas un mot d'arabe.
Mais le policier, après avoir entendu ma version, m'a rassuré. Il m'a tout de suite dit que je n'étais pas en tort que que son concitoyens Émirati avait reconnu pleinement sa responsabilité.
J'ai reçu un formulaire vert qui signifie que vous n'êtes pas en tort et j'ai pu échanger ma voiture à l'aéroport de Dubaï en 10 minutes (les choses vont vite à Dubaï).
L'Émirati s'est excusé à maintes reprises, mentionnant que sa fille était à l'hôpital et qu'il pensait à elle lors de l'incident. Il m'a donné son numéro de téléphone et m'a assuré, en anglais, de l'appeler en cas de besoin.
Je vais conclure avec cette anecdote. Je ne veux pas présenter une image idyllique ; il existe des personnes malintentionnées partout, même en France. Mais dans l'ensemble, les Saoudiens, les Qataris et les Émiratis que j'ai eu l'honneur de rencontrer étaient des individus remarquables.
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A très bientôt,
Mehdi